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Discographie

 


 


Génèse d'un CD

Ma première rencontre avec Bernard remonte à une dizaine d’années quand mon chemin a croisé celui du Petit Crème, pas longtemps avant que je devienne leur « ingé son de façade ». Les premières rencontres ont eu lieu autour des concerts, puis chez lui dans la cuisine réchauffée par la cuisinière à bois.

Suite à l’inévitable «N’aie pas peur Mimine ! Il est con mais il est pas méchant » adressé à ses chats, la conversation continuait au bureau. Le bureau c’est le lieu des rencontres chez Bernard, sans doute la seule cave du Nord de la Loire où on peut encore boire du Gris Meunier fait maison.

On y croise ses proches, ses voisins ; mais aussi un tas de gâs et de garçailles qu’ont mal tourné…

Au détour de ces descentes au bureau il y avait toujours une strophe d’un texte, une discussion autour d’un mot de patois, une anecdote sur Couté. Comme dit Bernard « si les murs du bureau pouvaient parler ils en auraient des choses à dire… »

Au cours de l’enregistrement de « Sur Le Pressoir », Terence Briand, ingénieux du son, rencontra Bernard. Il découvrit l’artiste, reprenant ses erreurs, réécoutant avec attention les prises, répétant avant de passer dans le studio…

Et il ne comprenait pas qu’un « gâs comme ça » n’ait pas ses propres enregistrements. L’idée de cet album est née ce jour-là. Elle a fait son chemin, pour reprendre les termes de Christian, qui nous a soufflé le nom « Paroles de Bureau » ; elle a germé puis levé comme une graine rare de Beauce !

Depuis deux ans, Il en a fallu des descentes au bureau pour convaincre Bernard. Convaincre n’est pas le terme car s’il n’avait pas été partant depuis le début, il nous aurait dit non tout de suite.

Entre autres douceurs entendues au cours de ces deux ans :

- « C’est qui qu’ça va intéresser toutes ces conneries ? »

- « Vous m’faît’s chier les gâs ! »

- « J’suis trop vieux pour ça »

- « Ben les gâs, j’sais pas c’que vous f’rez de c’truc là ! Un CD ? Qui c’est qui va acheter ça ? Vous m’emmerdez, les gâs ! Et puis ça va coûter au moins dix ou vingt mille francs ! »

Mais il n’a jamais dit non, et ça, c’est signe que l’idée faisait son bout de chemin…

Finalement il a demandé à ce qu’on vienne le voir pour décider de la liste des titres à enregistrer liste qu’il avait déjà faite bien sûr... Uniquement des textes qu’il n’avait jamais enregistrés aucun de ceux que l’on peut entendre sur les CD de Claude Antonini ou du Petit Crème.

Même pas en les réenregistrant, « Ca s’rait pas bien, c’est pas des trucs à faire… » !

Nous voilà donc parti fin avril 2009 pour le studio de Terence (où nous attendaient aussi les bons petits plats de Muriel). C’est un pro qui est rentré en studio, perfectionniste, méticuleux, soucieux de bien faire…

Claude le relança sur la « Complainte du Vieux Batteux », d’un auteur oublié. Bernard avait encore un ou deux textes dans sa musette…Une deuxième journée de studio s’avérât nécessaire pour mettre dans la boîte ces textes qu’il n’avait pas osé dire la première fois.

 

Entretemps, se posa la question du livret, fallait-il ou non mettre les textes ? Au cours de la première journée d’enregistrement, Bernard commence à dire les Bornes à Muriel (celle aux bons petits plats), elle le regarde et lui dit qu’elle n’a rien compris et voilà notre Bernard qui commence à lui expliquer le texte et à le lui traduire.

Les textes étaient donc indispensables mais il allait aussi falloir nous atteler à un lexique.

La première idée a été de repiquer celui du Vent du Ch’min, ce que Jean-Claude nous autorisa gentiment à faire, étonné même que l’on demande l’autorisation. Cependant des mots n’y figuraient pas, certaines explications ne satisfaisaient pas Bernard.

J’ai donc repris avec Bernard tous les textes en patois, et lui ai demandé ses explications, ses précisions, ses traductions.

La réalisation du lexique fût aussi l’occasion de moments intenses, lorsqu’il m’expliquait des modes de vivre aujourd’hui disparu, sans nostalgie de sa part ce serait mal le connaître ! Un échange qui permettait de mieux entrer les textes qu’il disait. Et parfois un mot en entraînait un autre, un jour je lui demande le sens exact du mot épier dans les Gourgandines en r'gardant par la plaine épier les blés nouvieaux , il répond « Ben, c’est quand ça tuyaute !  ».

 Conjointement à tout ça se posait la question du financement. Il n’était pas question d’aller demander des subventions, on ne voulait pas que qui que ce soit oriente la production du CD. Le Petit Crème allait produire l’album, mais on n’est pas Crésus…

Christian nous a alors filé un sacré coup de main en lançant une pré-souscription sur le site consacré à Couté qu’il réalise. On faisait les fiers devant Bernard quand il nous disait que ça intéresserait personne, mais on se posait nous aussi la même question.

Et la réponse a été bien au-delà de nos espérances… Que tous les souscripteurs en soient remerciés.

 A tout cela s’est ajouté le travail graphique de Pascal, la guitare de Jean, l’accordéon de Michel. 

Au bout du compte vous avez dans les mains cet album, sorte d’hybride entre un livre et un disque ! Comme un des carnets où Bernard note jour après jour ce qu’il fait depuis plus quarante ans.

 Au Petit Crème on l’a surtout voulu comme une sorte de remerciement à tout ce que Bernard nous a apporté : son humanisme et son humanité, sa faconde, son caractère : et surtout sa capacité à voir ce qu’il y a de mieux chez les gens qu’il rencontre sans jamais les juger, c’est peut-être ça l’anarchisme.

 
Si Olga s’était doutée qu’à soixante-treize ans son fils ferait l’artiste, avec un album et un film !

Elle aurait peut-être dit : «  A C’tt’ heur’ c’pésan qu’à mal tourné, i’ m’fait hounneur ! »


Bernard Gainier

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